Page:Doyle - Du mystérieux au tragique.djvu/5

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l’après-midi, il faisait pendant une heure ou deux une promenade à cheval. (P. 6)

LA BOÎTE DE LAQUE


Ce fut une chose curieuse, dit le précepteur ; un de ces incidents bizarres et saugrenus comme il ne s’en produit pas deux fois dans une existence. J’y perdis la meilleure situation que je doive, sans doute, jamais rencontrer. Ce qui ne veut pas dire que je ne me félicite d’être allé à Thorpe Place ; car j’y gagnai… Mais cela, c’est ce que vous apprendra mon histoire.

Je ne sais pas si vous connaissez bien cette partie des Midlands qu’arrose l’Avon. C’est la région la plus anglaise de l’Angleterre. Elle nous a donné Shakespeare, qui fut la fleur de notre race. Terre de longs pâturages, se plissant et se gonflant à l’ouest pour former les hauteurs de Malvern. Pas de villes, mais des quantités de villages, chacun avec son clocher de pierre grise. Vous avez laissé derrière vous la brique des comtés du Sud et de l’Est ; ici, tout est de pierre, depuis les murs jusqu’aux dalles des toits envahies par le lichen ; tout est farouche, solide et massif, comme il convient au cœur d’un grand pays.

Au centre de la région, et pas très loin d’Eversham, sir John Bollamore habitait le vieux logis ancestral de Thorpe Place, où il me manda pour l’éducation de ses deux fils. Sir John était veuf : sa femme, morte trois ans auparavant, lui avait laissé deux garçons âgés de huit et dix ans, et une fille âgée de sept. Miss Witherton, aujourd’hui ma femme, était l’institutrice de la fillette ; j’étais le précepteur des garçons : pouvait-il y avoir prélude plus net à un mariage ? Aujourd’hui, c’est sur moi qu’elle