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à l’autre bout de l’allée, une lampe brillait (p.6.)


LA MAIN BRUNE


Tout le monde sait que Sir Dominick Holden, le fameux chirurgien des Indes, me choisit pour son héritier, et qu’à sa mort j’échangeai en une heure ma pénible condition de petit médecin contre l’état de gros propriétaire. Il est également connu de bien des gens qu’entre l’héritage et moi s’interposaient cinq personnes, à qui le choix de Sir Dominick parut tout à fait arbitraire et baroque : je puis assurer qu’elles se trompaient et que, pour n’avoir connu Sir Dominick que sur la fin de sa vie, je n’en avais pas moins des titres positifs à sa bienveillance. Encore que le témoignage en vienne de moi-même, nul homme, à vrai dire, ne fit jamais pour un autre plus que je ne fis pour mon oncle. Je ne me flatte pas de l’espoir qu’on veuille ajouter foi à cette histoire ; mais elle est si singulière qu’il me semblerait manquer à un devoir si je ne la consignais dans ces pages. Voici les faits. On y croira ou non : c’est affaire personnelle.

Sir Dominick Holden, chevalier du Bain, de la Couronne des Indes et de je ne sais quoi encore, était le plus distingué chirurgien des Indes. Sorti de l’armée, il exerçait à Bombay la médecine civile. On venait le consulter de tout le pays. Son nom reste lié à la création de l’Hôpital Oriental, qu’il faisait vivre. Un beau jour, sa robuste constitution ayant fini par se ressentir visiblement du long effort auquel il l’avait astreinte, ses confrères, qui peut-être n’y mettaient point un désintéressement absolu, furent unanimes à lui conseiller de retourner en Angleterre. Il essaya de tenir bon ; mais, à la longue, les symptômes d’une affection nerveuse très caractérisée s’accentuèrent, et la maladie l’avait brisé quand il rentra