Page:Doyle - La Main brune.djvu/66

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jelland avait une pasion ; le jeu (p. 67.)



LE VOYAGE DE JELLAND


« Eh bien, dit notre Anglo-Japonais, tandis que, rapprochant nos chaises, nous nous rangions autour du feu dans le fumoir du club, c’est une vieille histoire, et il se peut qu’on l’ait imprimée. Je ne voudrais pas me faire accuser de rabâchage ; mais la Mer Jaune est loin, et je doute que personne ici ait jamais entendu parler de la barque Matilda et du voyage que firent à son bord Henry Jelland et Willy Me Evoy.

Une agitation très vive marqua au Japon la période des années soixante qui suivit le bombardement de Simono-saki et l’affaire des Daïmios. Il y avait dans le pays un parti conservateur et un parti libéral, uniquement divisés sur le fait de savoir si l’on devait ou non couper la gorge aux étrangers. Je vous l’avoue, toutes les politiques, depuis, m’ont paru fades. On était bien forcé de s’intéresser à celle-là pour peu qu’on vécût dans un port à traité. Ce qui aggravait les choses, c’est qu’à moins de tenir son jeu dans la partie on n’avait aucun moyen de savoir comment elle marchait. Si l’opposition triomphait, nulle gazette ne se chargerait de vous l’apprendre ; mais vous verriez tomber chez vous, à l’improviste, un bon vieux conservateur, lequel, vêtu d’une cotte de mailles et tenant un sabre de chaque main, vous renseignerait en vous coupant la tête.

Bien entendu, on perd le souci de tout quand on vit ainsi sur un cratère. D’alerte en alerte, on en vient à se dire qu’autant vaut jouir de l’existence pendant qu’on en dispose. Car, voyez-vous, rien ne colore la vie comme l’ombre de la mort. Le temps, alors, a trop de prix pour qu’on le gaspille, et l’on met à profit chaque minute. Ainsi faisions-nous à Yokohama. Il y avait là pas mal