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NOUVELLES AVENTURES DE SHERLOCK HOLMES

dehors ; et la moindre nouvelle a de l’intérêt pour moi.

— N’avez-vous jamais entendu parler de l’Association des hommes roux ? demanda mon employé, en écarquillant les yeux.

— Jamais.

— C’est fort étonnant ; car vous êtes apte vous-même à en faire partie.

— Combien paye-t-on les associés ?

— Oh ! environ huit mille francs par an ; le travail est peu considérable, du reste, et cela ne nuit pas beaucoup aux autres occupations qu’on peut avoir.

Vous pensez bien qu’à cette réponse je dressai l’oreille ; car les affaires n’ont pas été brillantes dans ces dernières années et une somme de huit mille francs n’est pas à dédaigner.

— Racontez-moi donc tout cela par le menu, dis-je à Spaulding.

— Eh bien ! me dit-il, en me montrant l’annonce, vous voyez vous-même que l’Association est en quête d’un membre et voici l’adresse du bureau auquel vous devez vous présenter pour avoir de plus amples renseignements. Ce que je puis vous dire, c’est que l’Association a été fondée par un millionnaire américain, très original, Ezekiah Hopkins. Il était roux lui-même et avait beaucoup de sympathie pour les gens qui avaient aussi cette couleur de cheveux ; de sorte que, à sa mort, on découvrit qu’il avait laissé son immense fortune à cinq fidéi-commissaires, à charge d’en servir les intérêts aux hommes roux besogneux. D’après ce que j’entends dire, c’est une situation bien payée et le travail est peu considérable.

— Mais cette place doit être briguée par des millions de roux ?

— Il n’y en a pas autant que vous croyez, car on n’admet que les habitants de Londres et des hommes faits. Cet Américain avait quitté Londres tout jeune et n’avait pas voulu être ingrat envers la vieille cité. J’ajouterai que les hommes à cheveux roux clair, ou roux foncé, sont exclus ; une seule nuance est admise : le roux aux reflets ardents.

Si maintenant vous désirez vous présenter, monsieur Wilson, vous le pouvez ; mais, après tout, pour huit mille francs ce n’est peut-être guère la peine de se déranger.

— Vous le voyez, messieurs, mes cheveux sont d’une teinte très accentuée ; il me semblait donc que je dusse avoir dans un concours plus de chances qu’un autre. Vincent Spaulding me semblait si bien renseigné que je n’hésitai pas à me l’adjoindre, après lui avoir fait fermer le bureau pour la journée. Lui, ravi du congé que je lui proposais, partit avec moi et nous dirigeâmes nos pas vers l’adresse indiquée par le journal. Je ne reverrai jamais pareil spectacle, monsieur Holmes : du nord au sud, de l’est à l’ouest, tout individu ayant les cheveux d’une teinte rougeâtre quelconque s’était dirigé vers la Cité pour répondre à l’annonce. Fleet Street était encombré de gens aux cheveux roux, et Pope’s court ressemblait à une voiture à bras remplie d’oranges. Je n’aurais jamais cru qu’il y eût un aussi grand nombre d’hommes roux. Toutes les nuances étaient représentées : le paille, le citron, l’orange, le brique, la couleur chien d’arrêt irlandais, le jaune foie, le jaune argile ; mais, comme me l’avait dit Spaulding, il y en avait peu de cette nuance roux ardent qui est la mienne.

Livré à moi-même et en voyant le nombre des concurrents, j’aurais volontiers renoncé à entrer en compétition. Mais Spaulding ne voulut pas me permettre de me retirer. Je ne sais comment il s’y prit ; il poussa, coudoya, bouscula, jusqu’à ce qu’il m’eût fait traverser la foule et m’eût amené au haut de l’escalier qui conduisait au bureau et sur les marches duquel se heurtait le flot montant plein d’espoir, et le flot descendant, triste et désappointé ; enfin nous forçâmes le passage et nous entrâmes.

— Ce début est fort intéressant, interrompit Holmes, pendant que son client s’arrêtait et rassemblait ses souvenirs au moyen d’une bonne prise. Je vous en prie, continuez votre récit.

— Il n’y avait dans le bureau que quelques chaises en bois et un comptoir,