Page:Drumont - La France juive, tome premier, 3eme édition, 1886.djvu/188

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Tradition, raconte à ce sujet une anecdote qui ne manque pas de caractère.

Ce Jechiel qui se mêlait de Kabbale et cultivait les sciences occultes avait au sommet de sa maison une lampe qui, disait-on, brûlait sans huile. En son logis sévèrement clos et défendu contre toute agression, il avait placé un clou enchanté qu’il n’avait qu’à pousser pour faire enfoncer les gens dans le sol dès qu’ils s’approchaient de sa maison.

Un soir on heurte à la porte. Jechiel frappe sur le clou qui, au lieu de rentrer dans le mur, saute dans la chambre. Jechiel comprend que tous ses prestiges magiques sont sans force contre le visiteur, il devine que celui qui vient le voir est un saint, il pense de suite à celui que le peuple, devançant le jugement de l’Église, a déjà salué du nom de saint. « Le roi est là ! » Dit-il, et il se précipite vers la porte et s’agenouille devant le souverain.

— Que venez-vous faire à ma porte, demande le rabbin, ne savez-vous point qu’il y a un génie qui veille sur ma demeure ?

— Je n’ai point peur des démons, répond le roi, et je viens voir ta lampe dont tout Paris parle.

N’est-il pas vrai qu’elle a une certaine couleur cette arrivée du roi qui, cheminant à travers le sombre Paris nocturne du moyen âge, vient visiter ce savant au fond de sa mystérieuse retraite.


Les Juifs, en effet, depuis Philippe Auguste, avaient dû prendre des précautions nouvelles, les temps allaient devenir de plus en plus mauvais pour eux. Leur littérature témoigne de cet état d’esprit. Aux petits vers, aux poèmes badins, aux épithalames que l’on récite au dessert, dans les repas de noces, succèdent les selichas, les plaintives élégies.