Page:Du Bellay - Œuvres complètes, édition Séché, tome 3.djvu/107

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Cette page a été validée par deux contributeurs.



CXLIX

Vous dictes, courtisans, les Poëtes sont fouls,
Et dictes verité : mais aussi dire j’ose,
Que tels que vous soyez, vous tenez quelque chose
De ceste douce humeur qui est commune à tous.

Mais celle-là, Messieurs, qui domine sur vous,
En autres actions diversement s’expose :
Nous sommes fouls en rime, et vous l’estes en prose :
C’est le seul different qu’est entre vous et nous.

Vray est que vous avez la Court plus favorable,
Mais aussi n’avez vous un renom si durable :
Vous avez plus d’honneurs, et nous moins de souci.

Si vous riez de nous, nous faisons la pareille :
Mais cela qui se dit s’en vole par l’oreille,
Et cela qui s’escrit ne se perd pas ainsi.

CL

Seigneur, je ne sçaurois regarder d’un bon œil
Ces vieux singes de Court, qui ne sçavent rien faire
Sinon en leur marcher les Princes contrefaire,
Et se vestir, comme eux, d’un pompeux appareil.

Si leur maistre se mocque, ils feront le pareil,
S’il ment, ce ne sont eux qui diront du contraire :
Plutost auront-ilz veu, à fin de luy complaire,
La Lune en plein midy, à minuict le Soleil.

Si quelqu’un devant eux reçoit un bon visage,
Ils le vont caresser, bien qu’ils crevent de rage :
S’il le reçoit mauvais, ils le monstrent au doy.

Mais ce qui plus contre eux quelquefois me despite,
C’est quand devant le Roy, d’un visage hypocrite,
Ils se prennent à rire, et ne sçavent pourquoy.

CLI

Je ne te prie pas de lire mes escrits,
Mais je te prie bien qu’ayant fait bonne chere,
Et joué toute nuict aux dez, à la premiere,
Et au jeu que Venus t’a sur tous mieux appris,