Page:Du Bellay - Œuvres complètes, édition Séché, tome 3.djvu/117

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Cependant que le ciel, qui jà dessous tes loix
Trois peuples a soumis, armera ton audace
D’une plus grand' vigueur, suy ton pere à la trace,
Et apprens à donter l’Espagnol, et l’Anglois.

Voicy de la vertu la penible montee,
Qui par le seul travail veut estre surmontee :
Voilà de l’autre part le grand chemin battu,

Où au sejour du vice on monte sans eschelle.
Deçà, Seigneur, deçà, où la vertu t’appelle,
Hercule se fit Dieu par la seule vertu.

CLXXIII

La Grecque poesie orgueilleuse se vante
Du los qu’à son Homere Alexandre donna,
Et les vers que Cesar de Virgile sonna,
La Latine aujourd’hui les chante et les rechante.

La Françoise qui n’est tant que ces deux sçavante,
Comme qui son Homere et son Virgile n’a,
Maintient que le Laurier qui François couronna,
Baste seul pour la rendre à tout jamais vivante.

Mais les vers qui l’ont mise encor' en plus haut pris,
Sont les vostres, Madame, et ces divins escrits
Que mourant nous laissa la Roine vostre mere.

Ô poesie heureuse, et bien digne des Rois,
De te pouvoir vanter des escripts Navarrois,
Qui t’honorent trop plus qu’un Virgile ou Homere !

CLXXIV

Dans l’enfer de son corps mon esprit attaché
(Et cet enfer, Madame, a esté mon absence)
Quatre ans et d'avantage a fait la p'nitence
De tous les vieux forfaits dont il fut entaché.

Ores, graces aux Dieux, or’ il est relaché
De ce penible enfer, et par vostre presence
Reduit au premier poinct de sa divine essence,
A dechargé son dos du fardeau de peché.

Ores sous la faveur de vos graces prisees,
Il jouit du repos des beaux champs Elysées,