Page:Du Bellay - Œuvres complètes, édition Séché, tome 3.djvu/125

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CXCI

Sire, celuy qui est, a formé toute essence
De ce qui n’estoit rien. C’est l’œuvre du Seigneur :
Aussi tout honneur doit fleschir à son honneur,
Et tout autre pouvoir ceder à sa puissance.

On voit beaucoup de Rois, qui sont grands d’apparence :
Mais nul, tant il soit grand, n’aura jamais tant d’heur
De pouvoir à la vostre egaler sa grandeur :
Car rien n’est apres Dieu si grand qu’un Roy de France.

Puis donc que Dieu peut tout, et ne se trouve lieu
Lequel ne soit enclos sous le pouvoir de Dieu,
Vous, de qui la grandeur de Dieu seul est enclose,

Élargissez encor sur moy vostre pouvoir,
Sur moy, qui ne suis rien : à fin de faire voir
Que de rien un grand Roy peut faire quelque chose.