Page:Du Bellay - Œuvres complètes, édition Séché, tome 3.djvu/82

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Qui les voit par dehors, ne peut rien voir plus beau,
Mais le dedans ressemble au dedans d’un tombeau,
Et si rien entre nous moins honneste se nomme.

Ô quelle gourmandise! ô quelle pauvreté !
Ô quelle horreur de voir leur immondicité !
C’est vraiment de les voir le salut d’un jeune homme.

XCI

Ô beaux cheveux d’argent mignonnement retors !
Ô front crespe, et serein ! et vous face doree !
Ô beaux yeux de crystal ! ô grand'bouche honoree,
Qui d’un large reply retrousses tes deux bords !

Ô belles dents d’ebene ! ô precieux thresors,
Qui faites d’un seul ris toute ame enamouree !
Ô gorge damasquine en cent plis figuree !
Et vous, beaux grands tetins, dignes d’un si beau corps !

Ô beaux ongles dorez ! ô main courte, et grassette !
Ô cuisse délicate ! et vous jambe grossette,
Et ce que je ne puis honnestement nommer !

Ô beau corps transparent ! ô beaux membres de glace !
Ô divines beautez ! pardonnez moy de grace,
Si pour estre mortel, je ne vous ose aimer.

XCII

En mille crespillons les cheveux se frizer,
Se pincer les sourcils, et d’une odeur choisie
Parfumer haut et bas sa charnure moisie,
Et de blanc et vermeil sa face desguiser :

Aller de nuict en masque, en masque deviser,
Se feindre à tous propos estre d’amour saisie,
Siffler toute la nuict par une jalousie,
Et par martel de l’un, l’autre favoriser :

Baller, chanter, sonner, folastrer dans la couche,
Avoir le plus souvent deux langues edans la bouche,
Des courtisannes sont les ordinaires jeux.

Mais quel besoin est-il que je te les enseigne?
Si tu les veux sçavoir, Gordes, et si tu veux
En sçavoir plus encor', demande à la Chassaigne.