Page:Du Bellay - Œuvres complètes, édition Séché, tome 3.djvu/84

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Mars n’eust empoisonné d’une eternelle envie
Le cœur de l’Espagnol, et du François soldard,
Et tant de gens de bien ne seroient en hazart
De venir perdre ici et l’honneur et la vie.

Le François corrompu par le vice estranger
Sa langue et son habit n’eust appris à changer,
Il n’eust changé ses mœurs en une autre nature.

Il n’eust point esprouvé le mal qui fait peler,
Il n’eust fait de son nom la verole appeller,
Et n’eust fait si souvent d’un buffle sa monture.

XCVI

Ô Deesse, qui peux aux Princes egaler
Un pauvre mendiant, qui n’a que la parole,
Et qui peux d’un grand roy faire un maistre d’escole,
S’il te plaist de son lieu le faire devaller :

Je ne te prie pas de me faire enroller
Au rang de ces messieurs que la faveur acole,
Que l’on parle de moy, et que mon renom vole
De l’aile dont tu fais ces grands Princes voler :

Je ne demande pas mille et mille autres choses,
Qui dessous ton pouvoir sont largement encloses,
Aussi je n’eus jamais de tant de biens souci.

Je demande sans plus que le mien on ne mange,
Et que j’aye bien tost une lettre de change,
Pour n’aller sur le bufle au departir d’ici.

XCVII

Doulcin, quand quelquefois je voy ces pauvres filles
Qui ont le diable au corps, ou le semblent avoir,
D’une horrible façon corps et teste mouvoir,
Et faire ce qu’on dit de ces vieilles Sibylles :

Quand je vois les plus forts se retrouver debiles,
Voulant forcer en vain leur forcené pouvoir :
Et quand mesme j’y voy perdre tout leur sçavoir
Ceux qui sont en vostre art tenus des plus habiles :