Page:Du Camp - Souvenirs d’un demi-siècle, tome 1.djvu/248

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pour faire prendre patience aux gens trop pressés d’arriver et pour donner un leurre aux exigences de l’opinion publique, étaient chargées d’étudier et de préparer les réformes que l’on promettait d’introduire dans l’administration. Vieux système emprunté aux beaux jours de la Restauration ; M. de Villèle, voyant que l’on voulait tout détruire et tout reconstruire, ne rebuta personne, mais il inventa les commissions où les questions semblaient s’enterrer d’elles-mêmes ; il réussit au-delà de ses vœux, car rien ne fut changé aux abus que l’on avait la prétention de faire disparaître. Est-ce cela que voulait Ollivier ? Je ne le crois pas, car il y avait en lui un fonds de naïveté qui lui permit peut-être de croire que l’heure était venue de traiter les affaires publiques en public et par le public.

Une commission extra-parlementaire fut organisée, pour déterminer dans quelle mesure on pouvait opérer la décentralisation administrative. La décentralisation ! Pour bien des esprits excellents, c’était le grand cheval de bataille des revendications libérales ; pour d’autres esprits, c’était un dada qu’ils enfourchaient à toute occasion. J’en fis partie, ce qui ne laissa pas que de me surprendre, car je suis centralisateur et je m’étais toujours résolument tenu en dehors des fonctions officielles.

J’avais été désigné, proprio motu, par l’Empereur, qui, après avoir lu mes études sur Paris, se figurait que je pourrais ne pas être inutile dans des discussions techniques ; il se trompait. Au cours de cette petite comédie, je ne fus et ne voulus être qu’un personnage muet. Était-ce en raison d’un parti pris ? Je crois simplement que j’ai gardé le silence parce que je n’avais rien à dire. Je viens de relire la liste de ceux dont j’eus l’honneur d’être le collègue ; j’y trouve les noms du président Bonjean, que les assassins de la Commune ont fusillé ; de Brame, le dernier ministre de l’Instruction publique avant la révolution du 4 septembre 1870 ; de Lambrecht, futur ministre de l’Intérieur sous le consulat de M. Thiers ; de Waddington, ministre des Affaires étrangères, ambassadeur à Berlin et à Londres sous la République, et de quelques autres qui ne sont point restés inconnus.

Le président de la commission était Odilon Barrot, le promoteur de la campagne des banquets réformistes, dont mourut la royauté de Louis-Philippe, le chef du cabinet du