Page:Du Camp - Souvenirs d’un demi-siècle, tome 1.djvu/25

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port russe elle avait besoin que ce passeport fût visé ou remplacé, afin de pouvoir s’embarquer sans encombre pour l’Angleterre, où elle désirait se rendre avec son fils ; ce passeport, elle priait le comte de le lui faire délivrer à tel nom qu’il choisirait. Le comte répondit que rien n’était plus facile, à la condition qu’il fût autorisé à en parler au roi. La duchesse de Saint-Leu y consentit. L’aide de camp retourna immédiatement au palais et fit part au roi de l’entrevue qu’il venait d’avoir. Louis-Philippe s’écria : « Comment, la duchesse de Saint-Leu est ici ! est-elle toujours jolie ? Quel plaisir j’aurais à me trouver avec elle. Priez-la donc de venir ; conduisez-la dans votre appartement et faites-moi avertir dès qu’elle sera arrivée. »

Vingt minutes après, le roi et la duchesse de Saint-Leu causaient ensemble. Louis-Philippe dit : « Ma sœur serait heureuse de vous revoir » ; on envoya chercher la princesse Adélaïde ; bientôt le roi ajouta : « Amélie ne me pardonnerait pas de ne l’avoir pas prévenue », et la reine vint rejoindre son mari. Le roi disait depuis : « Nous avons passé là une bonne soirée. » Au cours de la conversation, le roi s’enquit du prince Louis ; la duchesse de Saint-Leu répondit : « Il sera désolé de n’avoir pas eu l’honneur d’être présenté à Votre Majesté, mais le pauvre garçon est très souffrant d’une angine ; il a la fièvre et est obligé de garder le lit ; sans cela, il se fût empressé de m’accompagner. » Le roi, avant de prendre congé, dit à la duchesse de Saint-Leu : « Vous recevrez votre passeport ; reposez-vous de vos fatigues, guérissez votre fils, rien ne presse votre départ ; ici personne ne vous inquiétera ; seulement, ne vous montrez pas trop, ne permettez pas qu’on fasse du bruit autour de vous, afin de m’éviter les clabauderies des journaux de l’opposition. »

Le lendemain, il y avait Conseil des ministres, que présidait Casimir Perier depuis le 13 mars. Casimir Perier appliquait rigoureusement l’axiome : « Le roi règne et ne gouverne pas » ; il n’était point toujours amène pour Louis-Philippe, qui, par tous moyens, tendait à l’exercice du pouvoir personnel. Après le Conseil, le roi, qui n’était point fâché de faire pièce à son ministre, le retint, selon l’usage, pour l’examen du rapport quotidien du préfet de Police. D’un air nonchalant, Louis-Philippe demanda : « Signale-t-on l’arrivée de quelques personnes de distinction ? » Sur le