Page:Du halde description de la chine volume 1.djvu/279

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aujourd'hui hui aucun port où les vaisseaux tirant plus de huit pieds, puissent aborder.


TAI OUAN, ou l’île de FORMOSE


Je dois parler un peu au long de cette île, et parce qu’elle a été longtemps inconnue, même aux Chinois, dont elle n’est pas pourtant fort éloignée, et qu’ils n’ont commencé à y entrer que sous le règne du dernier empereur Cang hi, et parce que d’ailleurs le gouvernement, les mœurs, les usages de ces insulaires, bien différents de ceux des Chinois, de même que les moyens, dont ceux-ci se sont rendus maîtres de l’île, méritent un détail un peu étendu.

Toute l’île de Formose n’est pas sous la domination des Chinois : elle est comme divisée en deux parties, est, et ouest, par une chaîne de montagnes, qui commence à la partie méridionale de Cha ma ki teou, et ne finit proprement qu’à la mer septentrionale de l’île. Il n’y a que ce qui est à l’ouest de ces montagnes, qui appartienne à la Chine, c’est-à-dire, ce qui est renfermé entre le 22e degré 8 minutes, et le 25e degré 20 minutes de latitude septentrionale.

La partie orientale, à en croire les Chinois, n’est habitée que par des barbares. Le pays est montagneux, inculte, et sauvage. Le caractère qu’ils en font, ne diffère guère de ce qu’on dit des sauvages de l’Amérique. Ils les dépeignent moins brutaux que les Iroquois, plus chastes que les Indiens, d’un naturel doux et paisible, s’aimant les uns les autres, se secourant mutuellement, nullement intéressés, ne faisant nul cas de l’or et de l’argent, dont on dit qu’ils ont plusieurs mines, mais vindicatifs à l’excès, sans loi, sans gouvernement, sans police, ne vivant que de la chair des animaux, et de la pêche, enfin sans culte et sans religion.

Tel est le portrait que font les Chinois des peuples, qui habitent la partie orientale de Formose. Mais comme le Chinois n’est pas trop croyable, quand il s’agit d’un peuple étranger, je ne voudrais pas garantir ce portrait, d’autant plus qu’il n’y a nulle communication entre les Chinois et ces peuples, et qu’ils le sont une guerre continuelle.

Les Chinois, avant même que d’avoir subjugué Formose, savaient qu’il y avait des mines d’or dans l’île. Ils ne l’eurent pas plutôt soumise à leur puissance, qu’ils cherchèrent de tous côtés ces mines : comme il ne s’en trouva pas dans la partie occidentale, dont ils étaient les maîtres, ils résolurent de les chercher dans la partie orientale, ou on leur avait assuré qu’elles étaient. Ils firent équiper un petit bâtiment, afin d’y aller par mer, ne voulant point s’exposer dans des montagnes inconnues, où ils auraient couru risque de la vie. Ils furent reçus avec bonté de ces insulaires, qui leur offrirent généreusement leurs maisons, des vivres, et toutes sortes de secours. Les Chinois y demeurèrent environ huit jours ; mais tous les soins qu’ils se donnèrent pour découvrir les mines, furent inutiles, soit faute d’interprète, qui expliquât leur dessein à ces peuples ; soit crainte et politique