Page:Du halde description de la chine volume 1.djvu/281

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A la réserve des cerfs et des singes qu’on y voit par troupeaux, les bêtes fauves y sont très rares, et s’il y a des ours, des sangliers, des loups, des tigres, et des léopards comme à la Chine, ils sont dans les montagnes de la partie de l’est ; on n’en voit point dans celle de l’ouest.

On y voit aussi très peu d’oiseaux. Les plus communs, sont les faisans, que les chasseurs ne permettent guère de peupler. Si les eaux des rivières étaient aussi bonnes à boire, qu’elles sont utiles pour fertiliser les terres, il n’y aurait rien à souhaiter dans cette île.

Les Chinois divisent les terres qu’ils possèdent dans l’île de Formose, en trois hien ou gouvernements subalternes, qui dépendent de la capitale de cette partie de l’île. Chacun de ces gouvernements a ses officiers particuliers, qui sont immédiatement soumis au gouverneur de cette capitale, et tous sont soumis au viceroi de la province de Fo kien dont Tai ouan ou Formose fait partie.

La capitale qui se nomme Tai ouan fou est fort peuplée, d’un grand abord, et d’un grand commerce ; elle est comparable à la plupart des meilleures villes et des plus peuplées de la Chine. On y trouve tout ce qu’on y peut souhaiter, soit de ce que l’île même fournit, comme le riz, le sucre, le sucre candi, le tabac, le sel, la viande de cerf boucanée, qui est fort estimée des Chinois, des fruits de toute espèce, des toiles de différentes sortes, de laine, de coton, de chanvre, de l’écorce de certains arbres, et de certaines plantes qui ressemblent assez à l’ortie, quantité d’herbes médicinales, dont la plupart sont inconnues en Europe ; soit de ce qu’on y apporte d’ailleurs : comme toiles de la Chine et des Indes, soieries, vernis, porcelaines, différents ouvrages d’Europe, etc. Il y a peu de mûriers dans l’île, et par conséquent peu de soieries du pays, et peu de manufactures.

S’il était libre aux Chinois de passer dans l’île de Formose pour s’y établir, plusieurs familles s’y transplanteraient volontiers : mais pour y passer, on a besoin de passeports des mandarins de la Chine, qui s’accordent difficilement, et encore faut-il donner des cautions.

Lorsqu’on arrive dans l’île, les mandarins sont très attentifs à examiner ceux qui entrent ou qui sortent, et il y en a quelquefois qui exigent sous-main de l’argent. Cet excès de précaution est l’effet d’une bonne politique, pour empêcher toutes sortes de personnes de passer à Formose, surtout les Tartares étant maîtres de la Chine : Formose est un lieu très important, et si un Chinois s’en emparait, il pourrait exciter de grands troubles dans l’empire. Aussi l’empereur y tient-il une garnison de dix mille hommes commandés par un tsong ping ou lieutenant général, par deux fou tsiang ou maréchaux de camp, et par plusieurs officiers subalternes, qu’on a soin de changer tous les trois ans, ou même plus souvent si quelque raison y oblige.

Les rues de la capitale sont presque toutes tirées au cordeau et toutes couvertes pendant sept à huit mois de l’année, pour se défendre des ardeurs du soleil. Elles ne sont larges que de trente à quarante pieds, mais elles sont longues de près d’une lieue en certains endroits. Elles sont presque toutes bordées de maisons marchandes, et de boutiques ornées de soieries, de porcelaines