Page:Du halde description de la chine volume 1.djvu/430

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Il ne serait connu que par ses vices et ses dérèglements, s’il n’avait pas donné le jour à un fils, qui est encore révéré aujourd’hui comme un des plus grands et des meilleurs empereurs qu’ait eu la Chine. Ce fils, nomme Vou ting, succéda à son père, qui mourut la cinquante-troisième année du cycle.


Cycle XVIII. Année avant J. C. 1317.


VOU TING. Vingtième empereur.
A régné cinquante-neuf ans.


Vou ting était encore jeune, lorsqu’il monta sur le trône : il confia le gouvernement de son État à son premier ministre, pendant ses trois années de deuil, et il alla s’enfermer dans une maison attenant le tombeau de son père, pour pleurer sa mort, et implorer le secours du Ciel, afin d’acquérir les vertus propres du haut rang auquel il avait été destiné par ses ordres.

Le temps de son deuil étant expiré, il retourna à son palais. Il vit en songe un homme, que le Ciel lui présentait pour être son premier ministre : il le considéra attentivement, et les traits de son visage lui demeurèrent si fortement gravés dans la mémoire, qu’à son réveil il en fit un portrait très fidèle.

Il assembla ses ministres, et leur ayant raconté ce qui s’était passé pendant son sommeil, il leur montra le portrait de la personne en question, et il dépêcha de tous les côtés des gens de confiance, pour chercher celui dont ils voyaient le portrait.

On le découvrit dans un village au milieu d’une troupe d’artisans. Il s’appelait Fou yue et gagnait sa vie au métier de maçon. On le conduisit aussitôt à la cour, où on lui fit un grand nombre de questions sur la politique, sur les vertus propres d’un souverain, sur les devoirs des princes envers leurs sujets, et des sujets envers leurs princes, sur les différentes charges de l’empire, etc. Tout le monde fut charmé des réponses nettes, précises, et véritablement éloquentes qu’il fit à toutes ces questions.

Alors l’empereur prit la parole, et l’adressant au pauvre artisan. — C’est toi, cher Fou yue, lui dit-il, que le Ciel à choisi pour m’aider de tes sages leçons. Je te regarde comme mon maître ; regarde-moi comme une glace de miroir peu polie que tu dois façonner ; ou comme un homme faible et chancelant sur les bords d’un précipice, que tu dois guider, ou comme une terre sèche et aride que tu dois cultiver. Ne me flatte point, ne m’épargne point sur mes défauts, afin que par tes instructions, et par celles de mes autres ministres, je puisse acquérir les vertus de mon aïeul Tching tang, et rappeler dans ces jours infortunés