Page:Du halde description de la chine volume 1.djvu/548

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porta que des habits simples et modestes, et défendit à ses filles l’usage des perles et des pierreries.

Pour honorer la mémoire de ses ancêtres, il donna le titre d’empereur à son père, à son aïeul, à son bisaïeul, et à son trisaïeul, et il créa impératrice sa mère, qui était regardée comme un modèle de prudence et de modestie.

Lorsqu’au moment de l’élévation de son fils, les seigneurs vinrent la féliciter, elle ne donna aucun signe de joie, et comme ils témoignèrent leur surprise : « J’ai ouï dire, répondit-elle, que l’art de bien régner est très difficile. Si mon fils gouverne sagement ses peuples, je recevrai avec plaisir vos compliments ; sinon je me déroberai sans peine à tous ces honneurs, pour finir mes jours dans la première condition ou je suis née. »

Une année avant sa mort elle conjura son fils de ne point suivre dans le choix d’un héritier, les mouvements de sa tendresse pour ses enfants, et lui conseilla de jeter plutôt les yeux sur son frère : « Car enfin, ajouta-t-elle, souvenez-vous mon fils que c’est bien moins à votre mérite, qu’à l’enfance du prince, qui était de la famille précédente, que vous êtes redevable du trône ou vous êtes assis. »

Dans le temps d’un rude hiver, l’empereur fit réflexion que ses troupes étaient aux prises dans le pays du nord avec les Tartares de Leao tong, et par un mouvement de compassion, sur ce qu’ils avaient à souffrir de la rigueur de la saison, il se dépouilla de son habit doublé de fourrures, et l’envoya au général de son armée, en lui marquant qu’il aurait voulu pouvoir en envoyer un pareil à chacun de ses soldats. On ne peut croire jusqu’à quel point cette libéralité de l’empereur ranima l’ardeur et le courage de ses troupes.

C’est ce prince qui établit pour les gens de guerre un examen semblable à celui des lettrés. Ceux qui aspirent aux charges militaires, doivent passer par ces examens, et ne montent aux grades supérieurs, qu’après avoir donné des preuves de leur capacité par les compositions qu’ils sont sur l’art militaire, et par leur habileté à manier un cheval, et à tirer de l’arc.

Parmi les hommes illustres qui fleurirent sous son règne, on parle surtout de deux grands personnages qui se distinguèrent, l’un dans la magistrature, et l’autre dans les armes. Le premier s’appelait Tchao pou, et le second Kao pin.

Tchao pou, qui était du conseil de l’empereur, avait continuellement quelque placet, ou quelque mémorial à lui présenter, pour l’avertir de ses devoirs, ou d’autres affaires concernant le bien public. Un jour l’empereur, fatigué de tant de remontrances, prit son placet, et le déchira en sa présence. Tchao pou, sans s’étonner, en ramassa avec soin les fragments, et