Page:Du halde description de la chine volume 1.djvu/614

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dispenser de les lui rendre, et cependant il avait chargé des Officiers de remarquer tous ceux qui s’acquitteraient de ce devoir, et rendre compte chaque jour.

Le corps fut exposé dans le grand ting où personne n’était admis que les princes du sang. Devant la première porte du palais on voit une grande cour, au milieu de laquelle on avait bâti une salle avec des nattes : on y plaça un trône, car le défunt n’était pas seulement regulo du premier ordre, il avait encore le titre de roi (Koue vang).

Devant ce trône était une petite table sur laquelle il n’y avait que deux chandeliers et une cassolette : la salle était fermée par une porte à deux battants, qui s’ouvrait à mesure que les officiers des tribunaux venaient faire chacun à leur tour leurs révérences. Ils y entraient un certain nombre à la fois d’abord ils se tenaient debout derrière des tables qu’ils posaient à terre aux côtés de la salle, puis ils se mettaient à genoux, se prosternaient jusqu’a six fois, et sans se relever, ils poussaient tous ensemble leurs gémissements, après quoi ils se retiraient en silence. D’autres leur succédaient, et faisaient la même cérémonie.

Quelque temps après on porta le corps à une grande demie lieue de la ville, dans un palais qu’on avait bâti exprès, où l’on fit les mêmes cérémonies. C’est où les mandarins de la ville, les marchands en corps, et le peuple sont allés lui rendre les derniers devoirs.

Après cent jours on le porta dans un autre endroit préparé de la même manière, où il demeura le même temps. Enfin il y eut cinq stations, chacune de cent jours, où les mêmes cérémonies s’observaient, après quoi il fut transporté au lieu de sa sépulture, que l’empereur avait fait construire, et qui a quatre lieues de circuit.

Les mandarins des provinces, ou sont venus eux-mêmes rendre ces devoirs, ou ont député leurs enfants à leur place. Ils ont fait ensuite élever dans leur district des monuments qui contiennent les plus grands éloges de cet illustre mort. L’empereur a fait placer son nom dans la salle des empereurs, distinction très rare, et qui ne s’accorde aux particuliers, que lorsqu’ils ont rendu les services les plus importants à l’État.

Peu après l’empereur fit arrêter son troisième frère, qui fut conduit par ses ordres dans une étroite prison, où il est enfermé, sans qu’on ait pu découvrir la cause de sa disgrâce. La famille de ce prince en a ressenti le contre-coup, et elle est entièrement déchue de son rang et de sa faveur.

Le 30 de novembre de l’année suivante 1731 La ville de Peking fut presque toute bouleversée par le tremblement de terre le plus extraordinaire qu’on ait encore éprouvé à la Chine.