Page:Dugré - Saint Jean-Baptiste, le saint, la fête, la société, 1923.djvu/10

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au feu. M. le gouverneur l’y mit et lors qu’il le mettait je chantai le Ut queant Iaxis et l’oraison… On tira 5 coups de canon et on fit 2 ou 3 fois la décharge de mousquets : nous en retournasmes entre 9 et 10. » Parfois l’on chante le Benedictus, le Domine, salvum fac regem ou le Te Deum. Chez les Iroquois du Sault-Saint-Louis (Caughnawaga), la strophe latine chantée par les blancs alterne avec la strophe iroquoise. Sous le régime anglais, l’on continue d’une manière ou d’une autre à fêter la Saint-Jean dans les paroisses et les côtes. Les Anciens Canadiens et les Mémoires de Gaspé décrivent les fêtes d’il y a cent ou cent-trente ans, et le docteur LaRue les feux de joie de l’île d’Orléans, vers 1810. Après avoir chanté un salut, le curé, en étole, bénissait le bûcher puis y mettait le feu en frappant le briquet avec un caillou. Des miliciens tiraient du fusil, et la foule criait. M. B. Suite rapporte avoir vu, en 1850, bien des feux entre Québec et les Trois-Rivières : « Ces feux, sur le bord du fleuve, se regardaient les uns les autres. Tout le pays était en fête. Au collège de Nicolet, grand congé, pique-nique, promenade sur l’eau. Partout la première baignade de la saison, dans le fleuve, en bandes, aux éclats des chansons et de la gaieté générale. »

La Saint-Jean n’était alors, on le voit, qu’un amusement populaire, une coutume poétique sans but de patriotisme militant. Cette date n’en était pas moins tout indiquée pour le jour où l’on voudrait instituer une fête nationale. Duvernay sut le comprendre, ce fut le succès de sa célébration rajeunie et de la Société qu’il fonda en 1834.

On en est alors à des jours de patriotisme conscient, raisonné, résolu. La résistance passive ne suffit plus : la revanche de nos défricheurs et de nos mères doit se couronner de l’effort des chefs ; la conquête du sol et du nombre doit amener celle de la liberté. L’agitation est grande : les patriotes exigent des réformes, des libertés parlementaires que les bureaucrates anglais s’obstinent à ne pas céder. Les deux camps se défient, l’on piétine sur place dans l’inquiétude et les ténèbres. Papineau vient de formuler ses 92 résolutions. Il s’agit de savoir si le Canada est susceptible de devenir une puissance ou s’il ne sera qu’une dépendance de l’Angleterre, un pays de Cocagne des fonctionnaires ?