Page:Dujardin - Antonia, 1899.djvu/185

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Le Jeune Homme et le Vieillard sont restés ; l’Aïeul, jusque-là immobile, relève la tête.



L’Aïeul

Non, elle n’était pas
Celle qui devait soutenir et guider mon front las ;
Quand sa voix et son sourire d’ange
Promettaient à ma vieillesse avec cette tendresse étrange
Le repos
Que je dois attendre seulement du tombeau,
Sa voix et son sourire promettaient au hasard
Et ses lèvres offraient sans que son cœur y mît sa part.
Ô folle
Enfant ! enfant frivole !
Elle n’était donc que mirage,
Et ce visage
Était comme un miroir
Où les plus authentiques choses ont des reflets tout illusoires.
… Pourquoi l’enchantement est-il fini ?
Pourquoi la délicieuse semblance est-elle évanouie ?
Pourquoi le prestige est-il détruit ?
Mais qu’elle fut belle !
Et que je l’ai bénie ! et que cette heure fut solennelle !
Et maintenant
Un fugace souvenir seul en reste vivant.
… L’âme de l’aïeul en qui l’existence se fane,
Hommes, n’a point de rancune pour la courtisane.
Mes yeux presque clos au soleil