Page:Dujardin - Antonia, 1899.djvu/212

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
194
LA LÉGENDE D’ANTONIA



Scène II



La Mendiante

S’il n’était un inutile mot, c’est de votre souhait,
Ô paysans, que ma voix vous remercierait ;
Car mon âme est inhabile à se souvenir
De la soif et de la faim que mon corps eut à souffrir.
Soifs de ma gorge desséchée,
Faims dont mes membres sont torturés,
Lassitudes des marches incessées,
Qu’êtes-vous
Près du sublime terme où mon être se voue ?
Je tends la main
Afin qu’au hasard du chemin
Se rencontrent l’eau et le pain ;
Les aumônes
Que les vagues multitudes à mes souffrances donnent,
C’est assez
Pour l’enveloppe corporelle à qui mon âme est attachée.
Et moi qui connus la splendeur sereine
D’être, dans l’idéal et la luxure, reine,
Moi qui fus