Page:Dujardin - De Stéphane Mallarmé au prophète Ezéchiel, 1919.djvu/94

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chassent ; quiconque implore un secours, ils grincent des dents, et ils le fouettent.

« Où va-t-on ? Ici ? on les refoule là. Là ? on les refoule ici. Nabuchodonosor jouait-il de ce jeu d’enfer ?

« Leur empire n’est qu’un parcage de petites nations violentées qui demandent la délivrance ; je pense bien qu’ils vont donner à l’ennemi l’exemple, et commencer par affranchir dans la maison.

« Mais nous, les Juifs ?…

« La Dispersion, chez les Césars, avait ses droits, vous le savez, monsieur qui les avez étudiés. Chez eux, elle n’a qu’une face de bête traquée.

« Ils ne pardonnent, entre les Juifs, qu’aux prostituées, ces protecteurs des peuples asservis. »




Et, après un silence :

« Croyez-vous qu’ils aient mieux réussi que tous ceux qui, depuis trois mille ans, ont entrepris, l’un après l’autre, d’anéantir Israël ?…

« Comme si on anéantissait Israël !… »




Et il reprit, toujours absolument immobile :

« Travaillez, monsieur. Ecrivez ; faites des élèves. Transmettez ce que vous aurez reçu : transmettez ce que vous aurez acquis. Soyez, pour l’héritage, un bon père de famille.

« On ne peut rien contre la science ; on ne peut rien contre Israël.

« Le mal périt ; le bien résiste. Ne vous découragez pas. L’héritage a l’enveloppe dure.

« Ne dites pas : humble je suis ; humble est mon lot ; humble est l’offrande. Tout lot est part de l’héritage ; toute offrande est acquêt à l’héritage.

« Voyez ce que je suis, monsieur ; le peu que je suis ; le rien