Page:Dumas - Georges, 1848.djvu/204

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offrande ; elle dépassait de si loin les prévisions du brave sectateur d’Ali, et s’accordait si peu avec la parcimonie ordinaire des compatriotes de Jean de With, que le chef des Lascars demeura un instant sans oser prendre au sérieux une pareille prodigalité, et que ce ne fut que lorsque le capitaine Van den Broëk lui eut assuré par trois ou quatre fois, que le diamant était bien destiné à la bande schyite, pour laquelle il affirmait éprouver la plus vive sympathie, qu’il le remercia en lui présentant lui-même l’assiette aux feuilles de rose saupoudrées de sucre. Le capitaine en prit élégamment une pincée qu’il porta à sa bouche, et qu’il fit semblant de manger, à la grande satisfaction des Indiens, qui ne quittèrent le bâtiment hospitalier qu’après force salams, et qui continuèrent leur quête sans que le récit fait par eux à chacun de la bonne aubaine qui leur était tombée du ciel, leur en valût une seconde.

La journée se passa ainsi, chacun se préparant plutôt à la fête du lendemain que prenant part à celle du jour, qui n’est pour ainsi dire qu’un prologue.

Le lendemain devaient avoir lieu les courses. Or, les courses ordinaires sont déjà une grande solennité à l’Île de France ; mais celles-ci, données au milieu d’autres fêtes et surtout données par le gouverneur, devaient, comme on le comprend bien, surpasser tout ce qu’on avait vu de pareil.

Cette fois, comme toujours, le Champ-de-Mars était le lieu désigné pour la fête : aussi tout le terrain non réservé était-il dès le matin encombré de spectateurs ; car, quoique la grande course, la course des gentlemen readers, dût être le principal attrait de la journée, il n’était cependant pas le seul : ce sport devait être précédé d’autres courses grotesques, qui, pour le peuple surtout, avaient un mérite d’autant plus grand que dans celles-ci il était acteur. Ces amusements préparatoires étaient une course au cochon, une course aux sacs et une de poneys. Chacune d’elles, comme la grande course, avait un prix donné par le gouverneur. Le vainqueur aux poneys devait recevoir un magnifique fusil à deux coups de Menton ; le vainqueur aux sacs, un superbe parapluie, et le vainqueur au cochon gardait pour prix le cochon lui-même.