Page:Dumas - Georges, 1848.djvu/57

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leur ami, pour violer un serment juré ; plus qu’il n’en faut enfin pour tuer, enterrer et débaptiser un grand homme ou une grande nation.


V.

L’ENFANT PRODIGUE.


Tous les yeux avaient suivi lord Murray jusqu’à l’hôtel du gouvernement, mais lorsque la porte du palais se fut refermée sur lui et sur ceux qui l’accompagnaient, tous les yeux se reportèrent sur le navire.

En ce moment le jeune homme aux cheveux noirs en descendait à son tour, et la curiosité qui venait d’abandonner le gouverneur s’était reportée sur lui. En effet, on avait vu lord Murray lui adresser gracieusement la parole et lui serrer affectueusement la main ; de sorte que la foule assemblée décidait, avec sa sagacité ordinaire, que cet étranger était quelque jeune seigneur appartenant à la haute aristocratie de France ou d’Angleterre. Cette probabilité s’était changée en une véritable certitude à la vue du double ruban qui ornait sa boutonnière, et dont l’un, il faut bien l’avouer, était un peu moins répandu à cette époque qu’il ne l’est aujourd’hui. Au reste, les habitants du Port-Louis eurent le temps d’examiner le nouvel arrivant, car, après avoir cherché des yeux autour de lui comme s’il se fût attendu à trouver quelqu’un de ses amis ou de ses parents sur la jetée, il s’était arrêté au bord de la mer, attendant que les chevaux du gouverneur fussent débarqués ; puis, quand cette opération fut terminée, un domestique au teint basané, vêtu du costume des Mores d’Afrique, avec lequel l’étranger avait échangé quelques mots dans une langue inconnue, en équipa deux à la manière arabe, et les prenant tous deux en bride, car on ne pouvait se fier encore à leurs jambes engourdies, il suivit son maître qui déjà s’était acheminé à pied vers la chaussée, regardant toujours autour de lui, comme s’il se fût attendu à voir appa-