Page:Dumas - Joseph Balsamo, Lévy frères, 1872, volume 1.djvu/237

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— Vous savez, maître, dit le vicomte Jean, en enfonçant son chapeau sur l’oreille gauche et en pliant la jambe droite, vous savez ou vous ne savez pas que je ne plaisante jamais ?

— J’en suis désespéré, j’aimerais mieux que l’humeur de monsieur fût à la plaisanterie.

— Çà voyons, qu’on attelle et au plus vite, dit Jean, ou je me fâche.

— Venez à l’écurie avec moi, monsieur, et si vous trouvez un seul cheval au râtelier, je vous le donne pour rien.

— Sournois, et si j’en trouve soixante ?

— Ce sera absolument comme si vous n’en trouviez pas un seul, monsieur, attendu que ces soixante chevaux sont à Sa Majesté.

— Eh bien ?

— Eh bien ! on ne loue pas ceux-là.

— Pourquoi sont-ils ici, alors ?

— Mais pour le service de madame la dauphine.

— Quoi ! soixante chevaux à la crèche, et pas un pour moi ?

— Dame ! vous comprenez…

— Je ne comprends qu’une chose, c’est que je suis pressé.

— C’est fâcheux.

— Et, continua le vicomte, sans s’inquiéter de l’interruption du maître de poste, comme madame la dauphine ne sera ici que ce soir…

— Vous dites ?… dit le maître de poste abasourdi.

— Je dis que les chevaux seront rentrés avant l’arrivée de madame la dauphine.

— Monsieur, s’écria le pauvre homme, auriez-vous par hasard la prétention ?…

— Parbleu ! dit le vicomte, entrant sous le hangar, je me gênerai : attends !

— Mais, monsieur…

— Trois, seulement. Je ne demande pas huit chevaux, comme les altesses royales, quoique j’y aie droit… par alliance du moins ; non, trois me suffiront.

— Mais vous n’en aurez pas seulement un ! s’écria le maître de poste, s’élançant entre les chevaux et l’étranger.