Page:Dumas - La Tulipe noire (1892).djvu/62

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çante, et plus que de ses quatre cent mille florins de capital et de ses dix mille florins de revenus, de cette conviction qu’un homme a toujours reçu du ciel trop pour être heureux, assez pour ne l’être pas.

En conséquence et pour se faire un bonheur à sa façon, Cornélius se mit à étudier les végétaux et les insectes, cueillit et classa toute la flore des îles, piqua toute l’entomologie de la province, sur laquelle il composa un traité manuscrit avec planches dessinées de sa main, et enfin, ne sachant plus que faire de son temps et de son argent surtout, qui allait s’augmentant d’une façon effrayante, il se mit à choisir parmi toutes les folies de son pays et de son époque une des plus élégantes et des plus coûteuses.

Il aima les tulipes.

C’était le temps, comme on sait, où les Flamands et les Portugais, exploitant à l’envi ce genre d’horticulture, en étaient arrivés à diviniser la tulipe et à faire de cette fleur venue de l’Orient ce que jamais naturaliste n’avait osé faire de la race humaine, de peur de donner de la jalousie à Dieu.

Bientôt de Dordrecht à Mons il ne fut plus question que des tulipes de mynher van Baërle, et ses planches, ses fosses, ses chambres de séchage, ses cahiers de cayeux furent visités comme jadis les galeries et les bibliothèques d’Alexandrie par les illustres voyageurs romains.

Van Baerle commença par dépenser son revenu de l’année à établir sa collection, puis il ébrécha ses florins neufs à la perfectionner ; aussi son travail fut-il récompensé d’un magnifique résultat : il trouva cinq espèces différentes qu’il nomma la Jeanne, du nom de sa mère, la Baerle, du nom de son père, la Corneille, du nom de son parrain ; —