Page:Dumas - Le Comte de Monte-Cristo (1889) Tome 1.djvu/134

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insouciances. Villefort, qui n’avait pas voulu tout lui dire pour qu’un autre ne lui enlevât point le bénéfice tout entier de son secret, lui en avait dit assez cependant pour lui donner de graves inquiétudes.

— Allons, allons, Dandré, dit Louis XVIII, Blacas n’est point encore convaincu ; passez à la conversion de l’usurpateur.

Le ministre de la police s’inclina.

— Conversion de l’usurpateur ! murmura le duc, regardant le roi et Dandré, qui alternaient comme deux bergers de Virgile. L’usurpateur est-il converti ?

— Absolument, mon cher duc.

— Aux bons principes ; expliquez cela, baron.

— Voici ce que c’est, monsieur le duc, dit le ministre avec le plus grand sérieux du monde : dernièrement Napoléon a passé une revue, et comme deux ou trois de ses vieux grognards, comme il les appelle, manifestaient le désir de revenir en France, il leur a donné leur congé en les exhortant à servir leur bon roi ; ce furent ses propres paroles, monsieur le duc, j’en ai la certitude.

— Eh bien ! Blacas, qu’en pensez-vous ? dit le roi triomphant, en cessant un instant de compulser le scoliaste volumineux ouvert devant lui.

— Je dis, sire, que M. le ministre de la police ou moi nous nous trompons ; mais comme il est impossible que ce soit le ministre de la police, puisqu’il a en garde le salut et l’honneur de Votre Majesté, il est probable que c’est moi qui fais erreur. Cependant, sire, à la place de Votre Majesté, je voudrais interroger la personne dont je lui ai parlé ; j’insisterai même pour que Votre Majesté lui fasse cet honneur.

— Volontiers, duc, sous vos auspices je recevrai qui vous voudrez ; mais je veux le recevoir les armes en