Page:Dumas - Le Comte de Monte-Cristo (1889) Tome 1.djvu/151

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rêves d’ambition. Dix minutes après, Villefort était rentré chez lui ; il commanda ses chevaux pour dans deux heures, et ordonna qu’on lui servît à déjeuner.

Il allait se mettre à table lorsque le timbre de la sonnette retentit sous une main franche et ferme : le valet de chambre alla ouvrir, et Villefort entendit une voix qui prononçait son nom.

— Qui peut déjà savoir que je suis ici ? se demanda le jeune homme.

En ce moment le valet de chambre rentra.

— Eh bien ! dit Villefort, qu’y a-t-il donc ? qui a sonné ? qui me demande ?

— Un étranger qui ne veut pas dire son nom.

— Comment ! un étranger qui ne veut pas dire son nom ? et que me veut cet étranger ?

— Il veut parler à Monsieur.

— À moi ?

— Oui.

— Il m’a nommé ?

— Parfaitement.

— Et quelle apparence a cet étranger ?

— Mais, Monsieur, c’est un homme d’une cinquantaine d’année.

— Petit ? grand ?

— De la taille de Monsieur à peu près.

— Brun ou blond ?

— Brun, très brun : des cheveux noirs, des yeux noirs, des sourcils noirs.

— Et vêtu, demanda vivement Villefort, vêtu de quelle façon ?

— D’une grande lévite bleue boutonnée du haut en bas ; décoré de la Légion d’honneur.

— C’est lui, murmura Villefort en pâlissant.