Page:Dumas - Le Comte de Monte-Cristo (1889) Tome 1.djvu/153

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main à Villefort, qui avait suivi tous ces mouvements avec une surprise dont il n’était pas encore revenu.

— Ah çà ! sais-tu bien, mon cher Gérard, dit-il au jeune homme en le regardant avec un sourire dont il était assez difficile de définir l’expression, que tu n’as pas l’air ravi de me voir ?

— Si fait, mon père, dit Villefort, je suis enchanté ; mais j’étais si loin de m’attendre à votre visite, qu’elle m’a quelque peu étourdi.

— Mais, mon cher ami, reprit M. Noirtier en s’asseyant, il me semble que je pourrais vous en dire autant. Comment ! vous m’annoncez vos fiançailles à Marseille pour le 28 février, et le 3 mars vous êtes à Paris ?

— Si j’y suis, mon père, dit Gérard en se rapprochant de M. Noirtier, ne vous en plaignez pas, car c’est pour vous que j’étais venu, et ce voyage vous sauvera peut-être.

— Ah ! vraiment, dit M. Noirtier en s’allongeant nonchalamment dans le fauteuil où il était assis ; vraiment ! contez-moi donc cela, monsieur le magistrat, ce doit être curieux.

— Mon père, vous avez entendu parler de certain club bonapartiste qui se tient rue Saint-Jacques ?

— N° 53 ? Oui, j’en suis vice-président.

— Mon père, votre sang-froid me fait frémir.

— Que veux-tu, mon cher ? quand on a été proscrit par les montagnards, qu’on est sorti de Paris dans une charrette de foin, qu’on a été traqué dans les landes de Bordeaux par les limiers de Robespierre, cela vous a aguerri à bien des choses. Continue donc. Eh bien ! que s’est-il passé à ce club de la rue Saint-Jacques ?

— Il s’y est passé qu’on y a fait venir le général Quesnel, et que le général Quesnel, sorti à neuf heures