Page:Dumas - Le Comte de Monte-Cristo (1889) Tome 1.djvu/172

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sa dénonciation avait touché juste, et, comme tous les hommes d’une certaine portée pour le crime et d’une moyenne intelligence pour la vie ordinaire, il appela cette coïncidence bizarre un décret de la Providence.

Mais quand Napoléon fut de retour à Paris et que sa voix retentit de nouveau, impérieuse et puissante, Danglars eut peur ; à chaque instant il s’attendit à voir reparaître Dantès, Dantès sachant tout. Dantès menaçant et fort pour toutes les vengeances ; alors il manifesta à M. Morrel le désir de quitter le service de mer, et se fit recommander par lui à un négociant espagnol, chez lequel il entra comme commis d’ordre vers la fin de mars, c’est-à-dire dix ou douze jours après la rentrée de Napoléon aux Tuileries ; il partit donc pour Madrid, et l’on n’entendit plus parler de lui.

Fernand, lui, ne comprit rien. Dantès était absent, c’était tout ce qu’il lui fallait. Qu’était-il devenu ? Il ne chercha point à le savoir. Seulement, pendant tout le répit que lui donnait son absence, il s’ingénia, partie à abuser Mercédès sur les motifs de cette absence, partie à méditer des plans d’émigration et d’enlèvement ; de temps en temps aussi, et c’étaient les heures sombres de sa vie, il s’asseyait sur la pointe du cap Pharo, de cet endroit où l’on distingue à la fois Marseille et le village des Catalans, regardant, triste et immobile comme un oiseau de proie, s’il ne verrait point, par l’une de ces deux routes, revenir le beau jeune homme à la démarche libre, à la tête haute, qui, pour lui aussi, était devenu le messager d’une rude vengeance. Alors le dessein de Fernand était arrêté ; il cassait la tête de Dantès d’un coup de fusil et se tuait après, se disait-il à lui-même, pour colorer son assassinat. Mais Fernand s’abusait : cet homme-là ne se fût jamais tué, car il espérait toujours.