Page:Dumas - Le Comte de Monte-Cristo (1889) Tome 1.djvu/298

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oiseaux blancs qui se dessinent sur les nuages noirs.

En même temps un craquement effrayant se fit entendre, des cris d’agonie arrivèrent jusqu’à Dantès. Cramponné comme un sphinx à son rocher, d’où il plongeait sur l’abîme, un nouvel éclair lui montra le petit bâtiment brisé, et parmi les débris des têtes aux visages désespérés, des bras étendus vers le ciel.

Puis tout rentra dans la nuit, le terrible spectacle avait eu la durée de l’éclair.

Dantès se précipita sur la pente glissante des rochers, au risque de rouler lui-même dans la mer ; il regarda, il écouta, mais il n’entendit et ne vit plus rien : plus de cris, plus d’efforts humains ; la tempête seule, cette grande chose de Dieu, continuait de rugir avec les vents et d’écumer avec les flots.

Peu à peu le vent s’abattit ; le ciel roula vers l’occident de gros nuages gris et pour ainsi dire déteints par l’orage : l’azur reparut avec les étoiles plus scintillantes que jamais : bientôt, vers l’est, une longue bande rougeâtre dessina à l’horizon des ondulations d’un bleu noir ; les flots bondirent, une subite lueur courut sur leurs cimes et changea leurs cimes écumeuses en crinières d’or.

C’était le jour.

Dantès resta immobile et muet devant ce grand spectacle, comme s’il le voyait pour la première fois ; en effet, depuis le temps qu’il était au château d’If, il l’avait oublié. Il se retourna vers la forteresse, interrogeant à la fois d’un long regard circulaire la terre et la mer.

Le sombre bâtiment sortait du sein des vagues avec cette imposante majesté des choses immobiles, qui semblent à la fois surveiller et commander.

Il pouvait être cinq heures du matin ; la mer continuait de se calmer.