Page:Dumas - Le Comte de Monte-Cristo (1889) Tome 1.djvu/47

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


pays cela porte malheur, assure-t-on, d’appeler les filles du nom de leur fiancé avant que ce fiancé ne soit leur mari ; appelez-moi donc Mercédès, je vous prie.

— Il faut lui pardonner, à ce bon voisin Caderousse, dit Dantès, il se trompe de si peu de chose !

— Ainsi, la noce va avoir lieu incessamment, monsieur Dantès ? dit Danglars en saluant les deux jeunes gens.

— Le plus tôt possible, monsieur Danglars ; aujourd’hui tous les accords chez le papa Dantès, et demain ou après-demain, au plus tard, le dîner des fiançailles, ici, à la Réserve. Les amis y seront, je l’espère ; c’est vous dire que vous êtes invité, monsieur Danglars ; c’est te dire que tu en es, Caderousse.

— Et Fernand, dit Caderousse en riant d’un rire pâteux, Fernand en est-il aussi ?

— Le frère de ma femme est mon frère, dit Edmond, et nous le verrions avec un profond regret, Mercédès et moi, s’écarter de nous dans un pareil moment.

Fernand ouvrit la bouche pour répondre ; mais la voix expira dans sa gorge, et il ne put articuler un seul mot.

— Aujourd’hui les accords, demain ou après-demain les fiançailles… diable ! vous êtes bien pressé, capitaine.

— Danglars, reprit Edmond en souriant, je vous dirai comme Mercédès disait tout à l’heure à Caderousse : ne me donnez pas le titre qui ne me convient pas encore, cela me porterait malheur.

— Pardon, répondit Danglars ; je disais donc simplement que vous paraissiez bien pressé ; que diable ! nous avons le temps : le Pharaon ne se remettra guère en mer avant trois mois.

— On est toujours pressé d’être heureux, monsieur Danglars, car lorsqu’on a souffert longtemps on a