Page:Dumas - Le Comte de Monte-Cristo (1889) Tome 2.djvu/50

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— En effet, mon ami, dit Dantès, je m’étais trompé ; mais, comme votre honnêteté mérite une récompense, en voici un second, que je vous prie d’accepter pour boire à ma santé avec vos camarades.

Le matelot regarda Edmond avec tant d’étonnement, qu’il ne songea pas même à le remercier ; et il le regarda s’éloigner en disant :

— C’est quelque nabab qui arrive de l’Inde.

Dantès continua son chemin ; chaque pas qu’il faisait oppressait son cœur d’une émotion nouvelle : tous ces souvenirs d’enfance, souvenirs indélébiles, éternellement présents à la pensée, étaient là se dressant à chaque coin de place, à chaque angle de rue, à chaque borne de carrefour. En arrivant au bout de la rue de Noailles, et en apercevant les Allées de Meilhan, il sentit ses genoux qui fléchissaient, et il faillit tomber sous les roues d’une voiture. Enfin il arriva jusqu’à la maison qu’avait habitée son père. Les aristoloches et les capucines avaient disparu de la mansarde, où autrefois la main du bonhomme les treillageait avec tant de soin.

Il s’appuya contre un arbre, et resta quelque temps pensif, regardant les derniers étages de cette pauvre petite maison ; enfin il s’avança vers la porte, en franchit le seuil, demanda s’il n’y avait pas un logement vacant, et, quoiqu’il fût occupé, insista si longtemps pour visiter celui du cinquième, que le concierge monta et demanda, de la part d’un étranger, aux personnes qui l’habitaient, la permission de voir les deux pièces dont il était composé. Les personnes qui habitaient ce petit logement étaient un jeune homme et une jeune femme qui venaient de se marier depuis huit jours seulement.

En voyant ces deux jeunes gens, Dantès poussa un profond soupir.