Page:Dumas - Le Meneur de loups (1868).djvu/191

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– Mais enfin, monseigneur, que s’était-il passé ? Je le demanderais bien à ma femme, mais vous voyez qu’elle ne saurait encore me répondre.

– Eh ! mon Dieu ! ne suis-je point là pour vous répondre en son lieu et place ?

– Répondez, monseigneur, puisque vous avez cette bonté ; moi, j’écoute.

Le seigneur Jean fit un signe d’assentiment et continua :

– J’accourus donc, dit-il, et, la voyant tout effarée :

« Eh bien, madame Magloire, lui demandai-je, que se passe-t-il donc, et qui vous cause si grand-peur ? « – Ah ! monseigneur, me répondit-elle, imaginez donc que mon mari a reçu chez lui, avant-hier et aujourd’hui, un homme sur lequel j’ai les plus méchants soupçons. « – Bah ! « – Un homme qui s’introduit ici sous prétexte de faire amitié à mon cher Magloire, et qui me fait la cour, à moi… »

– Elle vous a dit cela ?

– Mot pour mot, compère ! D’ailleurs, elle ne peut entendre ce que nous disons, n’est-ce pas ?

– Non, puisqu’elle est évanouie.

– Eh bien, lorsqu’elle aura repris ses sens, interrogez-la, et, si elle ne vous répète point parole à parole ce que je vous dis, tenez-moi pour un mécréant, pour un Sarrasin, pour un Turc.

– Oh ! les hommes ! les hommes ! murmura le bailli.

– Oui, race de vipères ! continua le seigneur Jean. Vous plaît-il que je continue, compère ?

– Je crois bien ! dit le petit homme, oubliant l’exiguïté de son costume dans l’intérêt qu’il prenait au récit du seigneur Jean.

– Mais, madame, dis-je alors à ma commère madame Magloire, comment vous êtes-vous aperçue que le drôle avait l’audace de vous aimer ? »