Page:Dumas - Le Meneur de loups (1868).djvu/281

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les animaux qu’il était chargé de détruire ; mais, au fond de tout cela, il ne songeait point sans une secrète joie aux triomphants hallalis qui lui étaient réservés, à la célébrité qu’il ne pouvait manquer d’acquérir entre tous les veneurs fameux. Sa passion pour la chasse, s’exaltant dans cette lutte que ses adversaires semblaient avoir si franchement acceptée, devint quelque chose de gigantesque ; il ne s’accordait ni trêve ni repos ; il ne dormait pas ; il mangeait sans quitter la selle ; pendant la nuit, il battait la campagne en compagnie de l’Éveillé, d’Engoulevent, élevé au rang de piqueur en considération de son mariage ; dès l’aube, il était à cheval, il attaquait un loup et le chassait jusqu’à ce qu’il ne fît plus assez jour pour distinguer ses chiens.

Mais, hélas ! toute sa science en vénerie, tout son courage, toute sa persévérance, le seigneur Jean les dépensa en pure perte.

Il porta bas par-ci par-là quelque méchant louvart, quelque maigre bête rongée de gale, quelque glouton imprudent qui avait commis la maladresse de se gorger de carnage au point de perdre haleine après deux ou trois heures de course ; mais les grands loups au pelage fauve, au ventre harpé, au jarret d’acier, à la patte longue et sèche, ceux-là ne perdirent pas un poil dans cette guerre.

Grâce à Thibault, ils luttaient avec leurs adversaires à armes à peu près égales.

Comme le seigneur Jean demeurait éternellement avec ses chiens, le meneur ne quittait pas ses loups ; après une nuit de sac et de pillage, il tenait la bande éveillée et prête à porter secours à celui que le seigneur Jean avait détourné ; celui-ci, suivant les instructions du sabotier, commençait par lutter de ruse ; il doublait, il croisait ses voies, il suivait les ruisseaux,