Page:Dumas - Le Meneur de loups (1868).djvu/316

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Il était six heures du soir.

Il y avait près de quinze heures que la chasse durait.

Loup, chiens et chasseurs avaient bien fait cinquante lieues.

Lorsque, après avoir fait un détour par Manereux et Oigny, le loup noir apparut à la lisière de la queue de Ham, le soleil commençait de descendre à l’horizon, et répandait sur la bruyère une teinte éblouissante de pourpre ; les petites fleurs blanches et roses parfumaient la brise qui les caressait ; le grillon chantait dans son palais de mousse, et, montant perpendiculairement dans le ciel, l’alouette saluait la nuit, comme, douze heures auparavant, elle avait salué le jour.

Le calme de la nature fit un singulier effet sur Thibault.

Il lui semblait étrange qu’elle pût être si belle et si souriante, alors qu’une pareille angoisse déchirait son âme.

En voyant ces fleurs, en entendant ces insectes et ces oiseaux, il comparait la douce quiétude de tout ce monde innocent avec les horribles soucis qu’il éprouvait, et se demandait, malgré les nouvelles promesses à lui faites par l’envoyé du démon, s’il avait plus sagement agi en faisant le second pacte qu’en faisant le premier.

Il en vint à redouter de ne trouver que déception dans l’un comme dans l’autre.

En traversant un sentier à moitié perdu sous les genêts dorés, il reconnut ce sentier pour celui par lequel il avait reconduit Agnelette le premier jour où il l’avait vue ; le jour où, inspiré par son bon génie, il lui avait offert de devenir son époux.

L’idée que, grâce au nouveau pacte passé, il pourrait reconquérir l’amour d’Agnelette, releva un peu le courage de Thibault, qui s’était abattu au spectacle de cette joie universelle.