Page:Dumas - Le Meneur de loups (1868).djvu/50

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Tout cela n’avait pas peu contribué à augmenter l’orgueil naturel de Thibault, et, en se voyant plus beau, plus fort, plus adroit que beaucoup de nobles, il demandait à la Providence : « Pourquoi ne suis-je pas né noble, et pourquoi tel noble n’est-il pas né vilain ? »

Mais, comme aux apostrophes de Thibault la Providence se gardait bien de répondre ; comme Thibault, en dansant, en jouant du bâton à deux bouts et en lançant l’épieu, fatiguait son corps et ne le restaurait pas, Thibault songea à reprendre son ancien état, si humble qu’il fût, se disant à part lui que, s’il avait nourri le père, il nourrirait bien aussi le fils.

Thibault alla donc chercher ses outils où il les avait déposés ; puis, ses outils à la main, il alla demander à l’intendant des biens de monseigneur Louis-Philippe d’Orléans la permission de se bâtir une cabane dans la forêt pour y exercer son état ; ce que l’intendant lui accorda volontiers, car il savait par expérience que M. le duc d’Orléans était un cœur très miséricordieux, donnant jusqu’à deux cent quarante mille francs par an aux malheureux, et il pensa que, donnant une pareille somme, il prêterait bien trente ou quarante pieds de terrain à un brave ouvrier qui avait envie de travailler.

Thibault, libre d’établir son domicile à l’endroit de la forêt qui lui serait le plus agréable, choisit le carrefour des Osières, situé au plus bel endroit de la forêt, à un quart de lieue d’Oigny et à trois quarts de lieue de Villers-Cotterêts.

Le sabotier bâtit donc sa saboterie, moitié avec les vieilles planches que lui donna M. Parisis, lequel avait une vente dans le voisinage, moitié avec les branches que l’intendant lui laissa couper dans la forêt.

Puis, quand la cabane fut bâtie, se composant d’une