Page:Dumas - Le Meneur de loups (1868).djvu/85

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Ce n’était point pendant le jour qu’il pouvait traverser la forêt de Villers-Cotterêts avec un daim en laisse.

Qu’eût-il dit au premier garde qui l’eût rencontré ?

Non, Thibault comptait partir un soir de chez lui à la brune, suivre la route de droite, puis la laie de la Sablonnière, puis déboucher par la route du Pendu dans la plaine de Saint-Rémy, à deux cents pas du couvent.

Lorsque Thibault, pour la première fois, entendit les sons du cor et l’aboi des chiens, il se hâta d’amonceler devant la porte de l’étable, où était enfermé son prisonnier, un énorme tas de bruyère sèche, de façon à dissimuler cette porte aux regards des piqueurs et de leur seigneur, si, par hasard, ce jour-là, comme la veille, ils venaient à s’arrêter devant la hutte.

Puis il avait repris sa besogne, et il travaillait avec une ardeur que lui-même ne s’était jamais vue, ne levant pas même les yeux de dessus la paire de sabots qu’il façonnait.

Tout à coup, il lui sembla entendre gratter à la porte de la hutte. Il s’apprêtait à quitter son appentis pour aller ouvrir, lorsque la porte céda, et, au grand étonnement de Thibault, un énorme loup noir entra dans la chambre, marchant sur ses deux pattes de derrière.

Arrivé au milieu de l’appartement, il s’assit à la manière des loups et regarda fixement le sabotier.

Thibault saisit une hache qui se trouvait à sa portée, afin de recevoir dignement l’étrange visiteur, et, pour l’effrayer, il brandit la hache au-dessus de sa tête.

Mais la physionomie du loup prit une singulière expression de raillerie.

Il se mit à rire.