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rencontré d’Artagnan et Aramis, et que d’Artagnan, dans le cheval jaune, avait reconnu le bidet béarnais sur lequel il était venu à Paris et qu’il avait vendu trois écus.

Porthos sortit après avoir donné rendez-vous à la procureuse dans le cloître Saint-Magloire. Le procureur, voyant que Porthos partait, l’invita à dîner, invitation que le mousquetaire refusa avec un air plein de majesté.

Mme Coquenard se rendit toute tremblante au cloître Saint-Magloire, car elle devinait les reproches qui l’y attendaient ; mais elle était fascinée par les grandes maniéres de Porthos.

Tout ce qu’un homme blessé dans son amour-propre peut laisser tomber d’imprécations et de reproches sur la tête d’une femme, Porthos le laissa tomber sur la tête courbée de la procureuse.

— Hélas ! dit-elle, j’ai fait pour le mieux. Un de nos clients est marchand de chevaux ; il devait de l’argent à l’étude et s’est montré récalcitrant ; j’ai pris ce mulet et ce cheval pour ce qu’il nous devait. Il m’avait promis deux montures royales.

— Eh bien ! madame, dit Porthos, s’il vous devait plus de cinq écus, votre maquignon est un voleur.

— Il n’est pas défendu de chercher le bon marché, monsieur Porthos, dit la procureuse, essayant de s’excuser.

— Non, madame, mais ceux qui cherchent le bon marché doivent permettre aux autres de chercher des amis plus généreux.

Et Porthos, tournant sur ses talons, fit un pas pour se retirer.

— Monsieur Porthos ! monsieur Porthos ! s’écria la procureuse, j’ai tort, je le reconnais : je n’aurais pas dû marchander quand il s’agissait d’équiper un cavalier comme vous.

Porthos, sans répondre, fit un second pas de retraite.

La procureuse crut le voir dans un nuage étincelant tout entouré de duchesses et de marquises qui lui jetaient des sacs d’or sous les pieds.

— Arrêtez, au nom du ciel, monsieur Porthos ! s’écria-t-elle ; arrêtez et causons.

— Causer avec vous me porte malheur, dit Porthos.

— Mais dites-moi, que demandez-vous ?

— Rien, car cela revient au même que si je vous demandais quelque chose.

La procureuse se pendit au bras de Porthos, et dans l’élan de sa douleur elle s’écria :

— Monsieur Porthos, je suis ignorante de tout cela, moi. Sais-je ce que c’est qu’un cheval ? sais-je ce que c’est que des harnais ?

— Il fallait vous en rapporter à moi qui m’y connais, madame ; mais vous avez voulu ménager, et prêter par conséquent à usure.

— C’est un tort, monsieur Porthos, et je le réparerai sur ma parole d’honneur.

— Et comment cela ? demanda le mousquetaire.

— Écoutez. Ce soir M. Coquenard va chez M. le duc de Chaulnes, qui l’a mandé. C’est pour une consultation qui durera deux heures au moins. Venez, nous serons seuls et nous ferons nos comptes.

— À la bonne heure. Voilà qui est parler, ma chère.