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LE SABBAT

des songes que lui apportaient encore la jusquiame et la belladone, dont le sorcier faisait son mystérieux onguent.

Et la nuit la saisissait, dans des affres miraculeuses d’un regret nouveau, dont elle se demandait souvent s’il ne fallait pas le tenir plutôt pour le plus haut période du désir.

L’ombre venue, Babet se rassura cette nuit-là. Elle se leva et sortit pour respirer l’air pur du dehors.

Les étoiles semblaient flotter dans un éther inaccessible. Elles se liaient en figures étranges et cabalistiques. Ici, n’aurait-on pas dit un chien, un de ces chiens furieux et écumants, comme Satan en envoie parfois répandre l’épouvante chez les hommes.

Là-bas, c’était une femme étendue et dormante, sans doute la figure même de ces êtres presque divins, qui churent avec l’ange foudroyé aux temps premiers du monde.

Elle regardait, les yeux cuisants d’attention, les flots impondérables de la voie lactée. Cela faisait penser à la volupté de l’infini, et elle pensait que Satan lui-même, eut répandu cette écharpe sur la terre comme un symbole de tous les vœux irréalisables qu’on lui offrait.

Elle crut le voir lui-même, en plein ciel avec son nez étroit et courbe, ses belles lèvres pourprées