Page:Dunant - Un souvenir de Solférino, 1862.djvu/19

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par des forces dix fois supérieures ; atteint d’un coup de feu, il roule à terre en pressant contre sa poitrine son précieux dépôt ; un sergent se saisit du drapeau pour le sauver des mains de l’ennemi, il a la tête emportée par un boulet ; un capitaine s’empare de la hampe, il est frappé lui-même et teint de son sang l’étendard qui se brise et se déchire ; tous ceux qui le portent, sous-officiers et soldats, tombent blessés tour à tour, mais vivants et morts lui font un dernier rempart de leurs corps ; enfin ce glorieux débris finit par demeurer, tout mutilé, entre les mains d’un sergent-major du régiment du colonel Abattucci.

Le commandant de La Rochefoucauld Liancourt, intrépide chasseur d’Afrique, s’élance contre des carrés hongrois, mais son cheval est criblé de balles, lui-même tombe blessé par deux coups de feu, et il est fait prisonnier par les Hongrois qui ont refermé leur carré.

À Guidizzolo, le prince Charles de Windisch-Graetz, vaillant colonel autrichien, cherche en vain à la tête de son régiment à reprendre et à enlever la forte position de Casa Nova. Cet infortuné prince, noble et généreux héros, brave une mort certaine, et quoique blessé mortellement il commande encore ; ses soldats le soutiennent, ils l’ont pris dans leurs bras, ils demeurent immobiles sous une grêle de balles, lui formant ainsi un dernier abri ; ils savent qu’ils vont mourir, mais ils ne veulent pas abandonner leur colonel qu’ils respectent et qu’ils aiment, et qui bientôt expire.