Page:Dunant - Un souvenir de Solférino, 1862.djvu/37

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bards et des tirailleurs algériens s’étant emparés de tout ce qui leur est tombé sous la main : c’est ainsi que les chasseurs et les voltigeurs de la garde qui avaient déposé leurs sacs près de Castiglione, pour monter plus facilement à l’assaut de Solférino, en allant au secours de la division Forey, et qui avaient couché dans les environs de Cavriana après avoir combattu jusqu’au soir en avançant toujours, le lendemain, de grand matin, courent à leurs sacs, mais ces sacs étaient vides, on avait tout pris pendant la nuit ; la perte était cruelle pour ces pauvres militaires dont le linge et les vêtements d’uniforme sont salis et souillés, ou bien usés et déchirés, et qui se voient privés en même temps de leurs effets, peut-être de leurs modestes économies composant toute leur petite fortune, comme aussi d’objets d’affection, rappelant la famille et la patrie ou donnés par des mères, des sœurs, des fiancées.

En plusieurs endroits les morts sont dépouillés par des voleurs qui ne respectent même pas toujours de malheureux blessés encore vivants ; les paysans lombards sont surtout avides de chaussures, qu’ils arrachent brutalement des pieds enflés des cadavres.

À ces scènes déplorables se mêlent des drames solennels et des épisodes pathétiques. Ici, c’est le vieux général Le Breton qui erre à la recherche de son gendre, le général Douay blessé, et qui a laissé sa fille, l’épouse du général Douay, à quelques lieues de distance, au milieu du tumulte et dans l’inquiétude la plus poignante. Là, c’est le corps du lieutenant-colonel de Neuchèze, qui