Page:Dunant - Un souvenir de Solférino, 1862.djvu/53

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enfouis au fond des chapelles, ils n’ont plus la force de remuer, ou ne peuvent bouger de l’espace étroit qu’ils occupent. Des jurements, des blasphèmes et des cris qu’aucune expression ne peut rendre, retentissent sous les voûtes des sanctuaires. « Ah ! monsieur, que je souffre ! me disaient quelques-uns de ces infortunés, on nous abandonne, on nous laisse mourir misérablement, et pourtant nous nous sommes bien battus ! » Malgré les fatigues qu’ils ont endurées, malgré les nuits qu’ils ont passées sans sommeil, le repos s’est éloigné d’eux ; dans leur détresse ils implorent le secours d’un médecin, ou se roulent de désespoir dans des convulsions qui se termineront par le tétanos et la mort. Quelques soldats, s’imaginant que l’eau froide qu’on verse sur leurs plaies déjà purulentes, produisait des vers, refusent, dans cette crainte absurde, de laisser humecter leurs bandages ; d’autres, après avoir eu le privilége d’être pansés dans les ambulances volantes, ne le furent plus durant leur station forcée à Castiglione, et ces linges excessivement serrés en vue des secousses de la route, n’ayant été ni renouvelés ni desserrés, étaient pour eux une véritable torture. La figure noire de mouches qui s’attachent à leurs plaies, ceux-ci portent de tous côtés des regards éperdus qui n’obtiennent aucune réponse ; la capote, la chemise, les chairs et le sang ont formé chez ceux-là un horrible et indéfinissable mélange où les vers se sont mis ; plusieurs frémissent à la pensée d’être rongés par ces vers, qu’ils croient voir sortir de leur corps, et qui proviennent des