Page:Dunant - Un souvenir de Solférino, 1862.djvu/85

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ils ne purent s’empêcher de faire entendre des exclamations et des soupirs de satisfaction et de joie.

Dans le cours de mes pérégrinations je pénètre dans une succession de chambres formant le second étage d’un vaste couvent, espèce de labyrinthe converti en hôpital, et dont les salles du rez-de-chaussée et du premier étage sont remplies de malades ; je trouvai dans l’une de ces chambres hautes quatre ou cinq blessés et fiévreux, dans une autre dix ou quinze, dans une troisième une vingtaine, chacun étendu dans son lit, mais tous laissés sans secours et se plaignant amèrement de n’avoir vu aucun infirmier depuis plusieurs heures ; ils me demandèrent, avec de vives instances, qu’on voulût bien leur porter un peu de bouillon à la place de l’eau glacée qu’ils avaient pour toute boisson. À l’extrémité d’un interminable corridor, dans une chambre tout à fait isolée, se mourait seul, immobile sur son grabat, un jeune bersaglier, saisi par le tétanos ; quoiqu’il parût encore plein de vie et qu’il eût les yeux tout ouverts, il n’entendait et ne comprenait plus rien, aussi l’avait-on déjà abandonné. Beaucoup de soldats français me prient d’écrire à leurs parents, quelques-uns à leur capitaine, qui remplace, à leurs yeux, leur famille absente. Dans l’hôpital St. Clément, une noble dame de Brescia, la comtesse Bronna, s’emploie avec une abnégation admirable à soigner les amputés ; les soldats français en parlent avec enthousiasme, les détails les plus rebutants ne l’arrêtent point. « Sono madre, » me dit-elle avec une simplicité sublime. Je suis mère ! ce