Page:Durkheim - Éducation et sociologie.djvu/142

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ment entraîné et exercé à cette forme particulière de réflexion. Passe encore, dit-on, pour les maîtres de nos écoles primaires ! En raison de la culture plus limitée qu’ils ont reçue, il peut être nécessaire de les provoquer à méditer sur leur profession, de leur expliquer les raisons des méthodes qu’ils emploient, afin qu’ils puissent s’en servir avec discernement. Mais avec un maître de l’enseignement secondaire dont l’esprit a été, au lycée d’abord, puis à l’Université, aiguisé de toutes les manières, rompu à toutes les hautes disciplines, toutes ces précautions ne sont que du temps perdu. Qu’on le mette en face de ses élèves, et aussitôt la puissance de réflexion qu’il a acquise au cours de ses études s’appliquera naturellement à sa classe, alors même qu’elle n’aurait été soumise à aucune éducation préalable.

Il y a pourtant un fait qui ne paraît guère témoigner en faveur de cette aptitude native que l’on prête au professeur de lycée pour la réflexion professionnelle. Dans toutes les formes de la conduite humaine où la réflexion s’introduit, on voit, au fur et à mesure qu’elle s’y développe, la tradition devenir plus malléable et plus accessible aux nouveautés. La réflexion, en effet, est l’antagoniste naturelle, l’ennemie née de la routine. Elle seule peut empêcher les habitudes de se prendre sous une forme immuable, rigide, qui les soustraie au changement ; elle seule peut les tenir en haleine, les entretenir dans l’état de souplesse et de flexibilité