Page:Durkheim - L'Allemagne au-dessus de tout.djvu/24

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ses yeux elle soit respectable en elle-même et pour elle-même, c’est qu’il se trouve avoir intérêt à la respecter. Si la politique immorale est généralement condamnable, ce n’est pas parce qu’elle est immorale, mais parce qu’elle est « impolitique [1] ». Si la générosité, la reconnaissance sont des vertus que l’État, à l’occasion, doit cultiver, « c’est uniquement quand elles ne sont pas contraires aux fins essentielles de la politique ». Aussi arrive-t-il qu’elles sont des fautes. « En 1849, les trônes de tous les petits princes allemands étaient ébranlés. Frédéric-Guillaume IV fit alors avancer ses troupes en Saxe et en Bavière [2] et y rétablit l’ordre, ce qui pouvait être approuvé. Mais voici le péché mortel qu’il commit. Les Prussiens étaient-ils donc là dans le seul but de verser leur sang pour les rois de Saxe et de Bavière ? La Prusse aurait dû retirer de cette campagne un bénéfice durable. Elle avait les petits dans sa main ; il n’y avait qu’à laisser les troupes prussiennes dans les pays qu’elles occupaient, jusqu’à ce que tous ces princes se fussent soumis au nouvel empire allemand. Au lieu de cela, le roi fit simplement retirer ses troupes et alors les petits, une fois sauvés, lui firent un pied de nez... Le sang du peuple prussien avait été versé pour rien [3]. »

C’est également par habileté que les grands hommes d’État sont d’ordinaire d’une remarquable franchise. « Frédéric le Grand, quand il entreprenait une guerre, disait toujours par avance, avec la plus grande précision, le but où il tendait. Bien qu’il n’eût aucune honte de recourir à la ruse, en général, la véracité était un des traits dominants de son caractère. Et Bismarck, quoique, dans le détail des affaires, il fît preuve d’une finesse rusée, il était, dans l’ensemble, d’une

  1. I, p. 103.
  2. Des émeutes y avaient éclaté. C’était après la dissolution du Parlement de Francfort, qui avait offert la couronne impériale à Frédéric-Guillaume IV. Celui-ci l’avait refusée, voulant la tenir, non d’un parlement, mais des princes allemands qui n’étaient pas disposés à la lui offrir.
  3. I, p. 101.