Page:Durkheim - Qui a voulu la guerre ?.djvu/64

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Mais il est trop tard ; l’Allemagne a pris la direction du mouvement et elle l’entraîne à sa suite. Elle est victime du bluff auquel il s’est trop complaisamment prêté. Aussi l’Allemagne n’a-t-elle pas dit la vérité, quand elle a prétendu que les préparatifs militaires de la Russie l’avaient empêchée d’agir utilement à Vienne. C’est, au contraire, à ce moment que l’Autriche s’est assagie et s’est offerte d’elle-même à une action médiatrice[1].

Mais tout ce qui diminue la responsabilité de l’Autriche accroît d’autant celle de l’Allemagne.

C’est l’Allemagne qui, en promettant à son alliée, dont elle connaissait les desseins, un appui intégral, l’a encouragée à provoquer la Serbie. C’est elle ensuite qui, en approuvant sans réserve cette attitude provocatrice, poussa l’Autriche à y persévérer.

Quand la Russie, l’Angleterre, la France et l’Italie demandèrent que, du moins, un court répit leur fût accordé pour pouvoir délibérer sur la question soulevée, et cela dans l’espoir tacite que le temps et la réflexion pourraient exercer une action apaisante sur les esprits, c’est l’Allemagne qui,

  1. Toutefois, une autre explication des faits est possible. On pourrait se demander si les concessions que l’Autriche fit à la dernière heure n’étaient pas une manœuvre concertée avec l’Allemagne. Elles permettaient, en effet, à celle-ci de soutenir que, sous son influence, l’Autriche était devenue conciliante, que., par suite, la paix était assurée au moment où elle fut compromise par la brusque mobilisation de la Russie.
    Cette interprétation n’est pas absolument invraisemblable. Si nous l’avons écartée, c’est que la manœuvre eût été singulièrement grossière et malhabile. Elle devait, en effet, se retourner contre l’Allemagne. Elle permettait de dire, comme nous l’avons fait, que, l’Autriche s’étant convertie à la paix, celle-ci était assurée sans l’intransigeance finale de l’Allemagne. Cependant, les procédés de la diplomatie allemande sont quelquefois si gros que l’hypothèse ne peut être considérée comme absolument inadmissible. Mais, au cas où elle serait vraie, tout en alourdissant la responsabilité de l’Autriche, elle ne ferait qu’accroître celle de l’Allemagne. Quoi de plus indigne que ce machiavélisme qui aurait consisté à se partager les rôles de la plus sinistre comédie et à charger l’Autriche de tenir un langage mensonger pour pouvoir atteindre plus à l’aise le but abominable que l’on poursuivait ?