Page:E. Feydeau - Souvenirs d’une cocodette, 1878.djvu/169

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
105
D’UNE COCODETTE


son étreinte et me soustraire à sa violence.

Je ne ressentis pas la plus fugitive sensation voluptueuse. Rien que de la douleur.

J’ai oublié ce que mon mari me répondait.

Je crois qu’il me disait qu’on se mariait pour avoir des enfants, et autres banalités auxquelles il ne croyait même pas. Je ne l’écoutais guère. J’étais entièrement absorbée par la chose elle-même. Je ne sais pas si je suis plus douillette, si je suis constituée autrement que le commun des femmes. Cela n’est pas probable. Ce que je sais très bien, c’est que je subissais une sorte de supplice des plus[1] désagréables.

C’était l’atroce et harcelante sensation d’un fer rouge mille fois enfoncé à coups précipités jusqu’au plus vif de mes entrailles.

Une sueur glacée baignait mon front. Je croyais que j’allais mourir.

C’est pour le coup que je fus à même d’apprécier la justesse de la comparaison de ma tante ; « L’homme est un sabre. » « Grand Dieu ! quel sabre ! » me disais-je.

Encore une fois, je le sais bien, toutes ces choses sont des plus naturelles et des plus vulgaires. « Naturelles, comme toutes les fonctions de la vie, aurait dit mon père, comme le

  1. Variante, ligne 13, au lieu de des plus ; lire : horriblement.