Page:Edgar Poe Arthur Gordon Pym.djvu/10

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la soirée, Auguste et moi, nous étions passablement gris. Comme je faisais d’ordinaire en pareil cas, au lieu de retourner chez moi, je préférai partager son lit. Il s’endormit fort tranquillement, — je le crus du moins (il était à peu près une heure du matin quand la société se sépara), — et sans dire un mot sur son sujet favori. Il pouvait bien s’être écoulé une demi-heure depuis que nous étions au lit, et j’allais justement m’assoupir, quand il se réveilla soudainement et jura, avec un terrible juron, qu’il ne consentirait pas à dormir, pour tous les Arthur Pym de la chrétienté, quand soufflait une si belle brise du sud-ouest. Jamais de ma vie je ne fus si étonné, ne sachant pas ce qu’il voulait dire, et pensant que les vins et les liqueurs qu’il avait absorbés l’avaient mis absolument hors de lui. Il se mit néanmoins à causer très-tranquillement, disant qu’il savait bien que je le croyais ivre, mais qu’au contraire il n’avait jamais de sa vie été plus calme. Il était seulement fatigué, ajouta-t-il, de rester au lit comme un chien par une nuit aussi belle, et il était résolu à se lever, à s’habiller, et à faire une partie en canot. Je ne saurais dire ce qui s’empara de moi ; mais à peine ces mots étaient-ils sortis de sa bouche, que je sentis le frisson de l’excitation, la plus grande ardeur au plaisir, et je trouvai que sa folle idée était une des plus délicieuses et des plus raisonnables choses du monde. La brise qui soufflait était presque une tempête, et le temps était très froid ; — nous étions déjà assez avant en octobre. Je sautai du lit, toutefois, dans une espèce de démence, et je lui dis que j’étais aussi brave que lui, aussi fatigué que lui de rester au lit comme un chien,