Page:Edgar Poe Arthur Gordon Pym.djvu/247

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tout le long du pont. Cependant une foule de sauvages restaient toujours à leur poste sur le navire, attaquant, avec de grosses pierres, des haches et des boulets de canon, tous les boulons, toutes les ferrures et tous les cuivres. Sur la côte, dans les canots, sur les radeaux, tout autour de la goëlette, il y avait bien en tout dix mille insulaires, sans compter les bandes de ceux qui s’en retournaient chargés de butin vers l’intérieur ou vers les îles voisines. Nous comptâmes alors sur une catastrophe, et nous ne fûmes pas déçus dans notre espoir. Comme premier symptôme, il se produisit une vive secousse (dont nous sentîmes parfaitement le contre-coup, comme si nous avions éprouvé une légère décharge de pile voltaïque), mais qui ne fut pas suivie de signes visibles d’explosion. Les sauvages furent évidemment surpris, et ils interrompirent pour un instant leur besogne et leurs cris.

Ils étaient au moment de se remettre à l’œuvre, quand l’entre-pont vomit une masse soudaine de fumée qui ressemblait à un lourd et ténébreux nuage électrique, — puis, comme jaillissant de ses entrailles, s’éleva une longue colonne de flamme brillante à une hauteur apparente d’un quart de mille, — puis il y eut une soudaine expansion circulaire de la flamme, — toute l’atmosphère fut magiquement criblée, en un instant, d’un effroyable chaos de bois, de métal et de membres humains, — et finalement se produisit la secousse suprême dans toute sa furie, qui nous renversa impétueusement, pendant que les collines se renvoyaient les échos multipliés de ce tonnerre et qu’une pluie de fragments imperceptibles s’abattait, droite et drue, de tous les côtés, autour de nous.