Page:Edgar Poe Arthur Gordon Pym.djvu/26

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et qu’alors je me glisserais à bord du brick ; mais comme nous avions en notre faveur un brouillard épais, il fut convenu que je ne perdrais pas de temps à me cacher. Auguste prit le chemin de l’embarcadère, et je le suivis à quelque distance, enveloppé dans un gros caban de matelot qu’il avait apporté avec lui, pour rendre ma personne difficilement reconnaissable. Juste comme nous tournions au second coin, après avoir passé le puits de M. Edmund, — qui apparut, se tenant droit devant moi et me regardant en plein visage ? mon grand-père lui-même, le vieux M. Peterson !

— Eh bien ! eh bien ! — dit-il, après une longue pause, — Gordon ! Dieu me pardonne ! À qui ce paletot crasseux que vous avez sur le dos ?

— Monsieur ! — répliquai-je, prenant, aussi bien que je le pouvais, pour les besoins de la circonstance, un air de surprise offensée, et parlant sur le ton le plus rude qu’on puisse imaginer, — monsieur ! vous faites erreur, que je crois ; mon nom, avant tout, n’a rien de commun avec Goddin, et je désire pour vous que vous y voyiez un peu plus clair, et que vous ne traitiez pas mon caban neuf de paletot crasseux, — drôle !

Je ne sais comment je me retins d’éclater de rire en voyant la manière bizarre dont le vieux gentleman reçut cette belle rebuffade. Il sauta en arrière de deux ou trois pas, devint d’abord très-pâle, et puis excessivement rouge, releva ses lunettes, puis, les rabaissant, fondit sur moi à toute bride, en levant son parapluie. Cependant, il s’arrêta tout court dans sa carrière, comme frappé soudainement d’un souvenir ; et alors il se détourna et